La valorisation de l’eau de pluie dans l’entreprise : de la toiture à l’usage

La récupération de l'eau de pluie issue des toitures est une solution de résilience concrète et techniquement mature. 

Substituer de l’eau potable par de l'eau de pluie récupérée en toiture permet de réduire durablement la facture d'eau, de limiter la dépendance au réseau public et d'améliorer l'empreinte hydrique de l'entreprise.

Est-ce que le besoin correspond à l’offre, il s’agit d’une question importante pour la réussite d’un projet ?

RÉCUPÉRATION DE L'EAU DE PLUIE DANS L'ENTREPRISE : DE LA TOITURE A L’USAGE, UNE RESSOURCE A VALORISER

Chasses d'eau, nettoyage des sols, lavage de véhicules, arrosage, remplissage d'engins de voirie : ces usages représentent une part significative de la consommation d'eau d'une entreprise. Aucun ne nécessite une qualité eau potable. Pourtant, ils sont massivement alimentés par le réseau d'eau traitée. La récupération de l'eau de pluie issue des toitures, encadrée au Luxembourg par la norme ILNAS-EN 16941-1:2024, offre une alternative économique et durable.

POURQUOI CETTE MESURE EST-ELLE STRATÉGIQUE ?

Le Luxembourg reçoit en moyenne 850 mm de précipitations par an, soit 850 litres d'eau par m² de toiture. Après prise en compte des pertes liées au ruissellement, le volume effectivement récupérable est généralement compris entre 650 et 750 litres par m². À titre d'exemple, une entreprise disposant d'une toiture de 1 000 m² peut espérer récupérer de l'ordre de 700 m³ d'eau par an, soit près de 700 000 litres

Cette ressource locale est disponible directement sur les bâtiments des entreprises mais reste encore largement sous-utilisée.

Au-delà des bénéfices environnementaux, la récupération de l'eau de pluie répond simultanément à trois enjeux stratégiques :

  • réduction des coûts liés à l'eau potable

  • amélioration de la résilience face aux sécheresses et aux tensions d'approvisionnement

  • contribution aux objectifs ESG, de durabilité et de circularité de l'eau. 

À l'échelle nationale, le déploiement de cette pratique représente également un levier concret pour réduire la pression exercée sur les ressources en eau potable.

1. IDENTIFIER LES USAGES POTENTIELS : UN GISEMENT SOUS - ESTIMES

Avant tout dimensionnement, il convient de recenser l'ensemble des usages d'eau de l'entreprise ne nécessitant pas une qualité eau potable. Cette étape permet souvent de révéler des volumes substituables beaucoup plus importants qu'initialement estimés.

Usage

Consommation de référence (Valeur indicative)

Chasse d’eau double commande

3 à 6 litres

Usages bureaux (chasses d’eau)

Environ 12 litres/jour/personne

Lavage d’une voiture

60 litres

Lavage d’un camion

400 litres

Nettoyage des sols intérieurs

20 litres/jour/100m2

Remplissage d’une laveuse de voirie

2000 litres 

Arrosage extérieur

Variable selon saison

L'arrosage constitue généralement l'usage le plus vertueux du point de vue environnemental puisque l'eau retourne directement au sol et participe au cycle naturel de l'eau.

2. ETUDE DE FAISABILITE : UNE ETAPE A NE PAS NEGLIGER

La réussite d'un projet de REP repose sur une étude de faisabilité préalable rigoureuse, qui doit couvrir trois axes : 

Evaluation du potentiel de collecte

  • Calcul de la surface utile de toiture (surface projetée au sol, indépendante de la forme, de l'inclinaison et du matériau) et application du coefficient de ruissellement, qui traduit la fraction de l'eau de pluie effectivement récupérable après pertes par évaporation, absorption et rétention en surface.

  • Analyse de la compatibilité de la toiture : le matériau de couverture influe à la fois sur le coefficient de ruissellement et sur la qualité de l'eau collectée (risque de lixiviation de certains matériaux). Ces deux paramètres doivent être évalués conjointement en fonction de l'usage envisage.

  • Vérification de la qualité de l'eau récupérée en fonction de l'usage envisagé.

Analyse des besoins fins par usage et par temporalité 

Une consommation annuelle globale ne suffit pas. Il faut raisonner à la journée, en tenant compte des variations saisonnières, des jours non ouvrés et des fluctuations d'activité. Pour les projets d'envergure, une analyse journalière sur 5 ans minimum de données pluviométriques est recommandée (les données de Findel-Luxembourg étant disponibles sur meteolux.lu).

Évaluation des contraintes d’implantation du projet

Accès pour la cuve, longueur des réseaux de distribution, compatibilité du sol (nappe phréatique, risque de pollution), règles d'urbanisme. À noter : dans certaines configurations, un étang ou un bassin de rétention peut s'avérer plus pertinent économiquement qu'une installation en réseau. 

3. DIMENSIONNEMENT : RECHERCHER L’OPTIMUM PAS LE MAXIMUM

La règle fondamentale est simple : le système doit être dimensionné sur le plus petit volume entre l'eau disponible et l'eau réellement consommée.

Contrairement à une idée reçue, viser 100 % d'autonomie n'est généralement pas l'objectif le plus pertinent économiquement.

L'objectif est d'identifier le point d'équilibre entre : investissement / économie générées / taux de couverture des besoins. 

La simulation hydraulique permet de déterminer cet optimum.

4. LES COMPOSANTS TECHNIQUES CLÉS DE L'INSTALLATION

Une installation conforme à la norme ILNAS-EN 16941-1:2024 comprend six maillons critiques : 

  • DISCONNEXION : Protection absolue du réseau d'eau potable par surverse totale avec garde d'air visible. Le dispositif de disconnexion ne doit jamais être installé à l'intérieur de la citerne. 

  • FILTRATION AMONT : Maille inférieure à 1 mm, filtre autonettoyant recommandé, trop-plein obligatoire. 

  • STOCKAGE : Béton, polyéthylène, polypropylène ou acier, aérien ou enterré, il existe beaucoup d’options. Un stockage gravitaire, quand cela est possible, supprime toute consommation électrique de pompage.

  • POMPAGE : Clapet antiretour et vanne d'isolement obligatoires. Pompe à installer hors citerne pour faciliter les interventions.

  • TRAITEMENT AVAL : Filtration fine (50-100 µm) pour les chasses d'eau et l'arrosage au goutte-à-goutte. Stérilisation UV associée à filtration fine pour tout dispositif générateur d'aérosols (nettoyeur haute pression), limitant le risque légionelles. 

  • SIGNALISATION : Pictogramme "eau non potable" obligatoire sur toutes les tuyauteries et points de soutirage alimentés par l'eau de pluie. Cette signalisation est une condition obligatoire pour l'obtention des aides publiques. 

5. BILAN ÉCONOMIQUE ET AIDES FINANCIÈRES

  • Bilan financier

Le bilan financier d'un projet de récupération intègre, côté dépenses, l'étude de faisabilité, la conception, les travaux, les équipements et leur renouvellement (une pompe a une durée de vie d'environ 10 ans), ainsi que les coûts de maintenance et d'énergie. Côté recettes, il prend en compte les économies sur la facture d'eau potable, la réduction de certains produits de traitement, l’amélioration de la résilience du site et peut être valorisé dans les démarches ESG et de durabilité.

Le temps de retour se calcule selon :

TRI simple = Investissement total / Économies annuelles nettes

  • Aides financières

Il existe des aides qui peuvent couvrir jusqu’à 70% des coûts, notamment au niveau du Fit 4 Sustainability pour les études de faisabilité et le bilan eau. Le KlimaPakt fir Betriber renseigne les entreprises sur les aides disponibles sur le marché. Luxinnovation peut également accompagner les entreprises dans la réalisation de ce bilan et dans les démarches associées. 

La subvention réduit significativement l'investissement initial, améliore le retour sur investissement et permet de financer les études préalables nécessaires à une prise de décision éclairée.

Dans de nombreux cas, cette aide modifie significativement l'équation économique du projet et permet d'accélérer la décision d'investissement. 

  • Ressource technique 

Le Guide technique sur l'eau de pluie, coproduit par l’Administration de la Gestion de l’Eau et LIST, accompagne les porteurs de projet de la faisabilité au calcul du retour sur investissement

  • Accompagnement personnalisé

 Il est possible d’évaluer le potentiel des projets, d’identifier les solutions adaptées à votre site et de mobiliser les aides financières disponibles » Contacter Luxinnovation

 

PASSEZ À L'ACTION DÈS MAINTENANT.

» CONSULTEZ LA MESURE SUR LE SITE DU KLIMAPAKT FIR BETRIBER